24.09.2008
Sur les traces de Jack l'Eventreur
Qui était Jack l'éventreur ? On ne l'a jamais su. En 1888, ses crimes atroces ont bouleversé l'Angleterre. À Londres, une très belle exposition et une visite guidée vous replonge dans cette terrible histoire. Frissons garantis.
Dans une petite rue pavée de l'actuel quartier de Whitechapel, à l'est de Londres, une ombre se dessine sur un mur. Grande cape, chapeau haut de forme, dans la pénombre d'un porche, apparaît l'inquiétante silhouette de Jack l'Éventreur... Pas la peine de hurler, ce n'est qu'un dessin sur un mur. Mais il est là pour rappeler, qu'en 1888, dans ces mêmes rues, un assassin terrible a frappé en toute impunité.
Sept femmes, toutes des prostituées, ont péri, lacérées par les couteaux affûtés de Jack the Ripper. « Ce quartier a vécu trois mois de terreur, puis un siècle de mystère... », lance, théâtral, Mark Conroy dans un français impeccable. Un manteau bleu distingué, un parapluie à la main, une fine barbe bien taillée, ce guide so british vous emmène dans sa machine à remonter le temps. Au pied de la toute-puissante City et de ses hautes tours qui abritent les ténors de la finance internationale, Whitechapel connaît une luxueuse rénovation. Ironie de l'histoire, ces ruelles qui ont connu une pauvreté crasse sont devenues la coqueluche des stars et des portefeuilles bien garnis.
« Ici, en 1888, 55 % des enfants ne dépassaient pas l'âge de cinq ans. Les maladies, l'absence totale d'hygiène avaient des conséquences terribles... » Les photos de l'époque, présentées au Docklands Museum, sur les bords de la Tamise, font froid dans le dos. Sans chaussures aux pieds, des hardes sur le dos, des gamins toussotants sont livrés à eux-mêmes, entre petits boulots et rapines. Cette très belle exposition, déconseillée aux moins de 12 ans, revient sur les meurtres de Jack l'Éventreur en prenant soin de poser méticuleusement le décor. « Ce quartier était un véritable dédale », poursuit Mark Conroy. Un labyrinthe sale, grouillant d'une vie interlope qui a servi de théâtre à l'une des pages les plus noires de la criminalité. L'horreur de ces meurtres, leur complexité, ont fait basculer la police dans le XXe siècle. Narguée par ce serial killer, elle a dû moderniser ses méthodes ; sans pour autant réussir à découvrir sa véritable identité.
« Ces meurtres ont également jeté un coup de projecteur sur cette partie de Londres obligeant les pouvoirs publics à prendre des mesures. » À cette époque, l'ouest de la ville prospère, mais, à l'est, la pollution de la révolution industrielle se mêle au brouillard. Cette fumée enveloppe les maisons de briques d'une nappe laiteuse et nauséabonde, idéale pour se dissimuler... Des juifs, venus de Pologne, ont investi les lieux. Cordonniers ou bouchers, ils manient le couteau. Ils seront les premiers suspects... « Seul un étranger peut commettre de telles atrocités, pas un Anglais », peut-on lire dans la presse de l'époque...
Dans cette course à la survie contre la pauvreté, de nombreuses femmes n'ont plus d'autres ressources que de se prostituer. Contre quelques pennys, elles vendent des corps déjà usés. « Avec cet argent, elles cherchent un toit pour la nuit, dans les hospices et vont boire au pub, le Ten Bells. » Le public a changé, mais le lieu existe toujours. « C'est sans doute là que Jack l'Éventreur repérait ses proies. » Mary Ann Nichols, Catherine Eddowes... étaient des habituées des lieux. À la nuit tombante, elles ont croisé le chemin du monstre. Au fur et à mesure que la liste des victimes s'allonge, le tueur prend son temps et fait preuve d'une cruauté hallucinante. Les femmes sont éventrées et leurs organes éparpillés autour d'elles dans de macabres dessins. « Un jour la police va recevoir une lettre écrite à l'encre rouge accompagnée d'un petit paquet, raconte Mark Conroy. À l'intérieur, les enquêteurs vont découvrir la moitié d'un rein découpé sur l'une des victimes. » Le message qui l'accompagne est signé Jack the Ripper (l'Éventreur). « À la fin de la lettre, on peut lire ' From Hell ' (écrit de l'enfer) ».La presse se passionne pour cette histoire, envoie ses journalistes sur place. Chacun y va de son analyse, critique le pouvoir et les forces de l'ordre. La police est sur les dents. Elle enquête dans tous les sens : chez les bouchers, dans le milieu médical. La précision terrible des découpes laisse à penser que le meurtrier connaît l'anatomie humaine et sait parfaitement se servir d'un couteau. De nombreux suspects seront arrêtés, entendus, relâchés. Parmi eux, un cordonnier juif, un acteur de théâtre dérangé jouant une pièce tirée de Dr Jekyll and mister Hyde, un attardé mental, un coiffeur, un médecin russe... Le nom d'un membre de la famille royale a également circulé. Adepte des maisons closes, le duc de Clarence y a contracté la syphilis. A-t-il voulu se venger des femmes qui l'avaient contaminé ?
La dernière victime, Mary Jane Kelly, une jeune Irlandaise, venue tenter sa chance en Angleterre a littéralement été massacrée. La photo de son corps, ou du moins de ce qu'il en reste, est exposée au Dockland Museum. Elle laisse sans voix. Elle vient poser encore plus crûment une question laissée en suspens depuis 120 ans. Mais qui a pu faire ça ?
Pour en savoir plus sur l'exposition, visible jusqu'en novembre : www.museumindocklands.org.uk/jacktheripper
19:47 Publié dans Londres Insolite | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
L'éventreur restera probablement éternellement une énigme. Beaucoup d'hypothèses émises depuis le XIXème siècle, mais aucune certitude. En tout cas il pourra continuer à alimenter la littérature et le cinéma.
Ecrit par : Patrick S. VAST | 02.11.2008
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